Vous avez dit culture ?

Réflexions autour de la culture scientifique
et autres idées à partager.

Une vérité toute relative.

Qui a déjà tenté d’engager la conversation avec un inconnu au Japon, sait que les chocs culturels existent.

Tout être humain est imprégné, imbibé d’une culture. Notre façon de concevoir le monde, d’interagir avec autrui et de penser en dépend. Ce qui suit va peut-être vous choquer mais c’est un fait : les scientifiques sont aussi des êtres humains ! Et donc des êtres culturels.

Et alors ? Me direz-vous sans sourciller.

Et bien ne prétendent-ils pas étudier le monde de manière objective ? Les théories ne sont-elles pas censées nous dévoiler la vérité sur le monde ?

Les philosophes et historiens des sciences me répondront qu’ils savent depuis longtemps qu’il n’existe pas de science objective. D’autres, plus optimistes, distingueront deux types de science. Les véritables sciences étant les sciences « dures » car elles étudient la nature qui nous est extérieure. Notre regard extérieur nous rendant ainsi objectif.

Ernest Barrias, La Nature se dévoilant devant la Science 1899 Crédit photo : Michel Wal

Ernest Barrias, La Nature se dévoilant devant la Science
1899
Crédit photo : Michel Wal

L’homme et la nature, seraient deux choses différents.

Des anthropologues ont rencontré des populations où n’était pas présente cette dualité homme/nature. Où le terme de nature même n’existe pas. L’un d’entre eux, Philippe Descola, montre comment le dualisme nature/culture de notre civilisation oriente la pensée scientifique occidentale et notamment l’écologie*. Autre exemple : des domaines entiers de la recherche sont biaisés par notre conception du genre. C’est ce qui s’est dit lors d’une conférence organisée à Paris par le CNRS en novembre dernier.

Les biologistes font certaines expériences uniquement sur des souris mâles. Il y a des raisons tout à fait rationnelles à cela. Le problème est qu’ils ne font pas mention de ce « détail » dans les conclusions de leurs études. Ils généralisent les résultats aux souris des deux sexes. Pas très rigoureux tout ça ! Certains anthropologues, lorsqu’ils allaient au contact de tribus inconnues, n’interrogeaient que les hommes. Seuls porteurs d’informations pertinentes à leurs yeux.

La culture dans laquelle nous mijotons conditionne les questions que nous nous posons et la façon dont nous cherchons les réponses. Il y a donc un biais dans les résultats trouvés.

C’est bien gentil tout ça me diront les matheux et les physiciens, mais nous nous étudions des phénomènes de la nature, nous élaborons des théories, faisons des expériences pour les vérifier et les améliorer. Nous sommes ensuite capables de faire des prédictions. Quand nos prédictions sont exactes, nos théories sont validées. Donc nos savoirs sont objectifs !

Desenchantement

Oui mais, un chercheur homme aura-t-il les mêmes idées qu’un chercheur femme ? Imagineront-ils les mêmes solutions ? Cela semble un peu sexiste de dire cela. Mais étant donné que :

1. nous intériorisons les stéréotypes véhiculés par nos sociétés

2. la très faible proportion de femme dans la recherche en maths et en physique

On est au moins en droit de soulever la question. En tous cas des sociologues le font. Des humains qui étudient des humains ! Quelle hérésie ! 😉

* L'écologie des autres, Philippe Descola, http://developpementdurable.revues.org/9639

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