Vous avez dit culture ?

Réflexions autour de la culture scientifique
et autres idées à partager.

La dictature du format court

Un collègue réussit un jour, exploit considérable, à obtenir un passage à la télévision régionale pour parler d’une exposition sur le patrimoine scientifique universitaire.

Le journaliste à ce collègue, avant son intervention :  » Vous avez quelques minutes pour nous expliquer et si vous pouviez mettre une blouse blanche ça ferait plus scientifique. « 

Je vous rassure, mon collègue a refusé de vêtir la blouse blanche… Mais là n’est pas le sujet.

Ignite, format court, flash, tweet… Un nouveau vocabulaire, souvent anglophone, est né pour désigner « l’instantanéité » d’une communication.  Il faut faire vite pour ne pas lasser l’auditoire. Il faut faire simple pour être compréhensible de tous.

Ignite ? C’est quoi encore cette « américanade » dirait mon grand-père :) .  Né aux États-Unis en 2006, le concept Ignite, enflammer en anglais, est une manière de présenter quelque chose à un public avec la contrainte que cela ne prenne pas plus de 5 minutes.

Pas six.

Cinq.

Cinq minutes pour enflammer le public.  En ajoutant un peu d’essence, ça doit prendre plus vite.

Illustrée par un diaporama, l’objectif de ce type de présentation est selon wikipédia  « de rendre dynamique et convaincante une prestation en définissant des contraintes formelles fortes qui contraignent l’orateur à se concentrer sur le message qu’il veut faire passer sans s’égarer dans des parenthèses sans fin, et pour éviter les problèmes de dépassement de présentation qui pénalisent généralement les orateurs qui passent en fin de session « .

Quand on vend des chaussettes, il est peut-être facile de convaincre en cinq minutes…

Joe-Bar-Team-Plus-vite-pas-raisonnable

Lu sur un site canadien pour un événement où des scientifiques sont invités à exposer leurs travaux en mode « ignite » :  « Les présentations de type « Ignite » offrent un condensé d’informations scientifiques que tous peuvent assimiler. » Par exemple  « les lamproies sont dépourvues de mâchoires mais possèdent des vertèbres rudimentaires.  Leur corps ressemble à celui des anguilles, qui elles ont des mâchoires » …  Fascinant. Somme toute des informations que l’on peut trouver grâce à la magie d’Internet.

La culture scientifique se résume-t-elle a de l’information scientifique ? Si la mission des musées et des CCSTI* se résume à diffuser de l’information, effectivement, leur existence peut-être remise en question (j’y reviens dans un autre post), puisque tout le monde peut trouver cette information instantanément en se connectant au « réseau ».

Une vision culturelle du métier de médiateur se rapporterait plutôt à un partage d’idées, de concepts et de techniques. Des idées et des techniques capables de transformer le rapport de l’individu au monde qui l’entoure. Et une pensée, cela prend du temps à partager, à assimiler.

Prendre le temps est aujourd’hui devenu synonyme de soporifique, incompréhensible, élitiste. Écouter quelqu’un de passionné, faire l’effort de le comprendre pour changer votre regard sur le monde, cela est-il rébarbatif ?
Il y en a sans doute qui diront oui…

Alors le format court en médiation scientifique, cela dépend pour quoi faire.  Si cela ne correspond pas à notre objectif, ne cédons pas à la pression ambiante pour paraitre plus sexy ou dans l’air du temps. Les formats laissant le temps de l’investigation, de l’assimilation, ceux qui finalement, permettent de raconter des histoires, doivent aussi avoir leur place.

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* CCSTI : centre de culture scientifique et technique

Deux références pour comprendre cette nouvelle incapacité à se concentrer, à entreprendre une lecture profonde :

 

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